Le coin de Rafale

Les merveilles de la vie dans le désert

Fyto

Tu as vu que le désert se définit par son aridité : peu de précipitations, un rayonnement solaire intense, des températures généralement élevées le jour et basses la nuit, une forte évaporation, de l’air sec et des vents réguliers. Malgré ces conditions difficiles, peu de régions désertiques dans le monde sont dépourvues de vie.

Mis à part dans les oasis, l’eau, source de vie, y est rare. Pour cette raison, les organismes vivants qui habitent dans le désert ont dû faire preuve d’ingéniosité et s’adapter pour survivre. Bien que la vie ne soit pas dense, la biodiversité y est riche, non par le nombre d’espèces, mais par leurs particularités propres. En effet, il s’agit très souvent d’espèces uniques, c’est-à-dire « endémiques », autant chez les végétaux que chez les animaux.

Astuces des plantes pour survivre aux dures conditions du désert

Afin de lutter contre la rareté des précipitations et pour éviter de perdre trop de cette précieuse eau difficilement extraite du sol, les végétaux du désert ont dû recourir à un ensemble de stratégies qui varient presque à l’infini.

Peu d’eau, forte compétition

Par compétition, certaines plantes vivaces (se référer à la définition dans Rafale) maintiennent entre elles une bonne distance. En effet, ces espèces développent un très grand réseau de racines horizontales près de la surface du sol qui peuvent parfois s’étendre à plus de 25 mètres de l’arbuste. À la moindre averse, chacun des plants arrive ainsi à puiser une quantité suffisante d'eau pour survivre.

Colonie d’arbustes créosote ou créosotiers, désert de Mojave, parc national de la Vallée-de-la-Mort, Californie, États-Unis. On a évalué l’âge de la souche d’un créosotier de Californie à près de 11 000 ans, ce qui fait de cette plante l’une des plus vieilles du monde. Colonie d’arbustes créosote ou créosotiers, désert de Mojave, parc national de la Vallée-de-la-Mort, Californie, États-Unis. On a évalué l’âge de la souche d’un créosotier de Californie à près de 11 000 ans, ce qui fait de cette plante l’une des plus vieilles du monde.
Source : Michel Harvey. Photo MH16.

En guise de protection supplémentaire, les racines de certaines espèces vont jusqu’à secréter une substance toxique (ou poison) de façon à garder à distance d’autres espèces.

Se cramponner profondément à la vie

Parfois, d’autres végétaux vont enfoncer leurs racines, ou « rhizomes », à plus de 30 mètres sous la surface, accédant ainsi à des eaux qui localement ne sont disponibles qu’en profondeur. Les espèces qui s’installent sur les champs de dunes de sable usent de ce stratagème. Ainsi, les dunes peuvent devenir plus hospitalières que l’on pense.

Herbacées, champ de dunes de Kelso, désert de Mojave, réserve nationale Mojave, Californie, États-Unis. Herbacées, champ de dunes de Kelso, désert de Mojave, réserve nationale Mojave, Californie, États-Unis.
Source : Michel Harvey. Photo MH17.

Autres végétaux, autres astuces

Certaines plantes ont la capacité de récupérer et d’emmagasiner beaucoup d’eau. À cette fin, leurs tubercules, leurs troncs et leurs branches deviennent des réservoirs. C’est le cas des cactus et des plantes succulentes. Citons par exemple le saguaro, un grand cactus du désert de Sonora, qui croît en Arizona, aux États-Unis, et dans le nord du Mexique. D’une hauteur maximale de 15 mètres, le saguaro, une fois gorgé d’eau, peut en contenir jusqu'à 3 000 litres. Pour ce faire, ses branches et son tronc charnu, plissés en accordéon, se dilatent et se déplient pour absorber un maximum d’eau après les pluies. Puis, au fur et à mesure que cette réserve s’épuise, le saguaro se contracte et rétrécit.

Saguaros, désert de Sonora, parc national des Saguaros, Arizona, États-Unis. Saguaros, désert de Sonora, parc national des Saguaros, Arizona, États-Unis.
Source : Michel Harvey. Photo MH18.

Quant aux épines ou aux aiguillons, tant chez les cactus que chez d’autres plantes, leur fonction est multiple : assurer une protection contre la plupart des animaux brouteurs et protéger l'épiderme de la plante contre les ardeurs du soleil, le vent desséchant ou l’air plus froid en altitude. Certains cactus interceptent même la rosée qui se condense à leur surface, puis leurs tissus s’en abreuvent.

La présence d’une pubescence ou de cils très fins sur l’épiderme de certaines espèces favorise aussi l’aération des tissus et empêche ainsi leur surchauffe.

Cactus, désert d’Atacama, région de Coquimbo, Chili. Cactus, désert d’Atacama, région de Coquimbo, Chili. Source : Michel Harvey. Photo MH19.

Pourquoi devenir grand?

Parce que la lumière du soleil, si nécessaire à la photosynthèse, est la plupart du temps abondante dans le désert, certaines plantes vont réduire leurs parties aériennes. Ainsi, bon nombre d’arbustes demeurent nains ou possèdent de petites feuilles. Pourquoi grandir quand il y a tant de lumière! De plus, beaucoup d’espèces vont prendre la forme d’un coussinet ou d’un dôme, exposant ainsi une moins grande surface au soleil, à la chaleur et aux vents, et diminuant de la sorte la transpiration et donc la perte d’eau.

Soleil brûlant, terre brûlée

En période difficile, la plupart des végétaux se débarrassent de leurs feuilles et ce sont les réserves de chlorophylle dans le tronc et dans les rameaux qui permettent à la plante de survivre. Par exemple, les feuilles de l’ocotillo d’Amérique du Nord, extrêmement sensible à l’humidité, tombent lors d’une sécheresse et renaissent après un épisode de pluie, et ce, parfois à quelques reprises dans une année.

Ocotillos (arbustes dotés de fleurs rouges), désert de Mojave, Chiriaco Summit, Californie, États-Unis. Ocotillos (arbustes dotés de fleurs rouges), désert de Mojave, Chiriaco Summit, Californie, États-Unis. Source : Michel Harvey. Photo MH20.

Dans le même ordre d’idées, pour se protéger des chauds rayons du soleil, certaines espèces recouvrent leurs feuilles d’une pellicule cireuse. D’autres possèdent des feuilles d’une couleur vert pâle ou gris argenté, qui réfléchissent presque la moitié de la lumière et ralentissent la transpiration.

Faux houx du désert (Atriplex hymenelytra), parc national de la Vallée-de-la-Mort, Californie, États-Unis. Source : Michel Harvey. Photo MH21. Faux houx du désert (Atriplex hymenelytra), parc national de la Vallée-de-la-Mort, Californie, États-Unis.

Croître rapidement

Dans plusieurs déserts, les espèces annuelles, habituées à des périodes de précipitations saisonnières et plutôt brèves, vont boucler leur cycle de vie en un temps très court. De cette façon, ces végétaux germent en quelques jours, fleurissent et produisent des graines en quelques semaines seulement. Par la suite, ces semences ne germeront que lorsque les conditions idéales seront présentes, c’est-à-dire après une ou plusieurs averses providentielles.

Métamorphose printanière dans le désert de Mojave, parc national de Joshua Tree, Californie, États-Unis. Métamorphose printanière dans le désert de Mojave, parc national de Joshua Tree, Californie, États-Unis. Source : Michel Harvey. Photo MH22.

Le désert : un dortoir!

Mais que se passe-t-il en attendant la prochaine pluie, qui peut mettre des semaines, voire quelques mois, avant de tomber? On dit que les plantes tombent en dormance, c’est-à-dire qu’elles vivent au ralenti. Parfois, dans certains déserts, la dormance peut s’étirer sur de très longues périodes, qui peuvent durer des années et même quelques décennies. C’est le cas notamment dans le désert d’Atacama au Chili.

Déserts parsemés de croûtes sur le sol

Dans certains déserts, le sol peut être recouvert par endroits d’une couche biologique qui colonise la surface du sol à nu. Cette couverture, qui porte le nom de « croûte crypto-biotique », se compose de cyanobactéries, d’algues terrestres, de lichens, de mousses, de champignons et d’autres microorganismes. Cette communauté d’êtres vivants vient couvrir les premières couches du sol sur un à quinze centimètres d’épaisseur. Elle accroît la stabilité du sol en le protégeant de l’érosion due au ruissellement et au vent. En plus d’absorber une bonne partie de l’eau, la croûte limite l’évaporation et enrichit le sol de nutriments. Attention, toutefois! Cette croûte s’avère fragile : tout piétinement peut la compresser et la perturber. Selon les dernières études, la cicatrisation complète pourrait prendre plus de cent ans!

Sol crypto-biotique, désert des Hauts-Plateaux du Colorado, parc national Arches, Utah, États-Unis. Sol crypto-biotique, désert des Hauts-Plateaux du Colorado, parc national Arches, Utah, États-Unis. Source : Michel Harvey. Photo MH23.

Enfin, à cause de la composition des roches avoisinantes, il arrive assez souvent que le sol désertique comprenne une croûte chimique contenant notamment des sels. Alors que la plupart des végétaux ne peuvent survivre dans de telles conditions de toxicité, certaines plantes ont évolué de manière telle qu’elles s’en accommodent fort bien. Ainsi, leurs racines croissent en contact avec des teneurs parfois importantes de sels, sans en être affectées. Même leurs parties aériennes tolèrent les poussières ou les embruns salés

Arbustes (Prosopis tamarugo) dans une plaine recouverte de sel, désert d’Atacama, réserve nationale de la Pampa del Tamarugal, région de Tarapaca, Chili. Arbustes (Prosopis tamarugo) dans une plaine recouverte de sel, désert d’Atacama, réserve nationale de la Pampa del Tamarugal, région de Tarapaca, Chili. Source : Michel Harvey. Photo MH24.

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Publication : février 2018